mardi 25 juillet 2023

Hypnose comme produit ou comme processus
où il sera question de livre de référence, de pudding, de gratin et de stratégie de recherche

Pendant que je réfléchissais à la définition de l'hypnose que j'ai présentée dans l'article précédent, j'ai entre autres pris le temps de voir ce que la littérature scientifique avait à dire sur le sujet. J'ai en particulier passé quelques moments de lecture sur le "Oxford Handbook of Hypnosis".

Il s'agit d'un sérieux opus au physique de bloc porte, et qui répond à l'ambition de présenter l'état de l'art de la recherche en hypnose à l'époque de sa parution, c'est à dire 2005. Au point ou j'en suis, à savoir la première moitié (portant sur Théorie et Recherche actuelle), il semblerait qu'il n'y ai pas d'équivalent aussi exhaustif et sérieux qui soit paru depuis. Pour information, la seconde partie concerne la recherche clinique sur l'hypnose, mais je n'en parlerai que lorsque je me serai forgé un avis.

Pour être juste et honnête, je dois préciser que cet ouvrage concerne la recherche scientifique académique, dans le sens européen et anglo-saxon du terme. Je le mentionne car je n'ai, pour l'instant, aucune idée de ce qui peut se faire sur le sujet dans le reste du monde, ni dans des sphères différentes.

Le point que je désire aborder ici est celui mentionné dans les premiers chapitres de l'ouvrage, à savoir la distinction entre hypnose comme processus en hypnose comme produit.

Considérer l'hypnose comme produit signifie l'étudier en considérant que l'hypnose consiste en un, ou éventuellement, des états hypnotiques, spécifiques et caractéristiques. C'est l'approche qui identifie l'hypnose avec ce que d'autres appellent "transe hypnotique" ou "transe". La raison pour laquelle le mot "transe" n'est pas utilisée me semble être afin de se dégager des connotations de ce mots et de définir un état particulier sur des bases neuves. Ainsi, dans cette manière de voir, l'hypnose est ce qui survient après une procédure résumée sous le nom d'induction, et consistant en, je cite "une ou plusieurs suggestions".

Si l'on se penche sur le passé, la question de définir un état d'hypnose académique a régulièrement été un point focal de la recherche sur le sujet. Qu'il s'agisse du somnambulisme du XIXème siècle qui a fait couler bien de l'encre à défaut de sang entre Nancy et Paris, de la transe qui oppose Hull et Erikson, à cet état d'hypnose que je dénomme académique qui intéresse la communauté de nos jours.

Et autant aujourd'hui que par le passé, il ne se dégage pas de définition qui fasse l'unanimité. De ce que j'en retiens, la conception actuelle de l'état hypnotique tourne autour de "permettant de réagir à des suggestions complexes avec des effets subjectifs qui ne sont en général pas accessibles dans l'état normal".

Une question fondamentale lorsque l'on étudie l'hypnose à travers ses effets est de pouvoir décider quand l'état hypnotique est atteint. Comme le disent nos voisins anglais "The proof of the pudding is in the eating". On sait qu'on a a faire à un pudding lorsqu'on l'a goûté. Ici aussi, il est nécessaire en dernier lieu de se fier à la sincérité des sujets. Il y a d'ailleurs de nombreuses expériences fort astucieuses qui ont été menées afin de trier les simulateurs des hypnotisés sincères.

Ensuite, beaucoup de travail a été fait a été afin de définir un certain nombre d'échelles d'hypnotisabilité. Ces échelles sont basées sur la réponse à des suggestions complexes, comme laisser son bras s'élever, ou imaginer un moustique près de son oreille. Si le bras se lève ou que la personne rapporte entendre le moustique le test est positif. Un nombre défini de suggestions, soumises en suivant un protocoles précis, permet de donner un score à chaque personne, et ainsi de classer les groupes testés en "hautement hypnotisables", "faiblement hypnotisables" et "non hypnotisables".

C'est de là que vient cette règle, presque devenue dicton, que j'ai entendue souvent, qui dit que dix pour cent de la population est très hypnotisable, et dix pas du tout. Je tiens à dire que sur la base des expériences menées, cet ordre de grandeur me semble tout à fait correct. Et que si la question est d'isoler les personnes répondant à un ensemble de suggestions d'une manière particulière, les tester en leur faisant ces suggestions et en ne gardant que ceux qui y répondent le mieux est une procédure qui fait sens. Si l'on veut étudier le pudding, autant se concentre sur ce qui a le goût de pudding.

Je trouve cependant important de noter que l'on a ainsi fortement circonscrit le périmètre d'étude. Le scalpel du réductionnisme est un outil utile dans la panoplie de la méthode scientifique, dont l'utilisation doit aussi être gardée à l'esprit lors de la généralisation des résultats. Nonobstant, cette approche visant à isoler des cas aussi bien définis que possible permet ensuite de mettre en place des expériences visant à les comprendre, ce que les études actuelles poussent jusqu'à entrevoir des corrélât possibles entre des marqueurs physiologiques et l'état d'hypnose ainsi défini.

Pour ma part, ayant présenté cette manière d'approcher l'hypnose, et j'espère en avoir esquissé le domaine d'intérêt, je tiens à en discuter un écueil. Ayant parlé de cuisine anglaise précédemment, je me propose de développer mon point à travers une autre analogie culinaire, cette fois à propos du gratin dauphinois, dont on pourrait dire aussi que "the proof of the gratin dauphinois is in the eating". Je tiens à ajouter que pour triviale que semble l'anecdote qui va suivre, elle repose sur des faits réels.

Commençant l'analogie, je suppose évident, à part pour les plus contrariants de mes lecteurs qui feront semblant que non, qu'étudier le gratin dauphinois peut être plein d'enseignements, couvrant par exemple la caramélisation des protéines ou la physiologie du goût. Imaginons maintenant que je présente à une conférence de gratinologie une étude détaillée sur les manières dont la crème se lie avec le vin blanc. M'étant fait rappeler vertement à l'ordre une fois, je ne désire pas revivre l'expérience de m'entendre dire sans aménité que le VRAI gratin dauphinois se fait SANS VIN BLANC !

À ce point, je pense que la règle des trois tiers s'applique. Un tiers de mes lecteurs rigole, probablement à mes dépends, un tiers se demande ou je veux en venir, et un dernier tiers est parti regarder comment on fait le gratin dauphinois, ou se faire un petit goûter. Pour ceux qui restent, et en recentrant la discussion sur l'hypnose, il se trouve qu'il existe un nombre important d'articles portant sur la question de savoir ce qu'est un vrai état hypnotique. Pour preuve la dispute actuelle autour de la question de savoir si l'état d'hypnose est un "vrai" état avec des corrélât physiologiques spécifiques (comme par exemple le sommeil profond), ou si c'est "seulement" un construct socio-cognitif.

Si on élimine cette opposition entre "vraie" et "seulement", qui est un des cul de sacs rhétoriques ou l'âme se fane, la réponse à la question a des implications potentiellement intéressantes. Je crains cependant qu'elle ne puisse être tranchée de manière définitive et préfère donc prendre une voie différente.

Je choisis ainsi aborder la question en considérant l'hypnose en tant que processus. Ce point est d'ailleurs implicite dans la définition que j'en ai proposé dans l'article précédent, puisque j'y décris l'hypnose comme un art et une science permettant d'apporter des changements dans la conscience à travers l'utilisation de suggestions.

Cette approche n'est cependant pas sans ses propres difficultés. La première étant que d'une question que l'on tentait de rendre aussi précise que possible, je me retrouve face à une question ouverte, dans laquelle il est aisé de se perdre.

En effet, si je laisse en suspens la question des états que l'on peut atteindre par l'hypnose, c'est un peu comme si, laissant de côté pudding et gratin dauphinois, je me lançais tout de go dans l'étude de ce qu'est la "cuisine". Vaste programme ou il est aisé de se disperser entre viennoiseries et simple barbecue.

La base de ma stratégie pour naviguer dans ce vaste paysage est de reconnaître que si je ne sais pas exactement ce qu'est l'hypnose, j'en ai tout de même une idée. Et plus encore, de reconnaître et utiliser le fait que d'autres en ont aussi une idée dont la validité mérite au moins le bénéfice du doute. On pourrait presque parler d'approche naturaliste visant à explorer le contenu d'un terme partagé par une population donnée.

Pour reprendre l'analogie de la cuisine, il s'agirait alors de sortir et de faire le tour des cuisines, aussi bien familiales que de celles de restaurants. Goûter, étudier les procédés, tenter de les reproduire, en trier les point communs, les divergences, jauger de ce qui me plaît, et de ce qui semble plaire aux autres. En pratique cette approche m'a été heureuse puisque j'ai ainsi appris à faire nombre de charcuteries, de currys et même je crois des sashimis acceptables. Je laisse bien sur ouvertes les deux questions de savoir si le sashimi, présentation de poisson cru, est de la "vraie" cuisine, et si l'on peut parler de sashimi pour un plat préparé par un franco-suisse n'ayant étudié sous la férule d'aucun maître japonais.

Outre de préciser ma stratégie d'étude, une raison pour laquelle je désirais prendre le temps d'exposer les différences entre considérer l'hypnose comme produit ou comme processus, est qu'il m'a été facile d'oublier cette distinction. C'est une erreur que je tiens à éviter autant que possible de reproduire, car elle mène à des disputes que la réalisation qu'il s'agit de deux voies d'études différentes, voire en fait de deux sujets d'études différents, permet d'éviter.

Pour revenir à ma stratégie "naturaliste" les contrées que je me propose d'explorer dans un futur proche sont les suivantes: 1) l'hypnose de spectacle, 2) l'hypnose analgésique, 3) l'hypnose psycho-thérapeutique, 4) l'étude en laboratoire.

L'hypnose de spectacle est une voie qui se trouve avoir comme but un état qui est relativement similaire à l'état "hautement hypnotisable" utilisé en recherche.C'est de plus une voie qui a l'avantage de reposer sur une tradition axée sur l'efficacité puisqu'il est de première nécessité pour un hypnotiseur de spectacle d'obtenir des effets ... spectaculaires. Se posent aussi de nombreuses questions sur les états induits, la part de participation des personnes, et la possibilité qu'il y ait là un mélange d'effets moins évidents que l'apparente influence totale d'un hypnotiseur sur des hypnotisés.

L'hypnose analgésique quant à elle m'intéresse en premier lieu par son côté directement pratique. Ensuite, qu'un ensemble de techniques permettent de gérer la douleur d'une manière efficace se situe à l'interface entre la physiologie et la conscience, entre les stimuli et les ressentis, et ouvre sur des questions fondamentales profondes.

L'hypnose psycho-thérapeutique quant à elle est un terrain beaucoup plus ouvert, et dont un intérêt fondamental du point de vue de l'hypnose est la question de l'utilisation thérapeutique des états modifiés de conscience accessibles par des techniques hypnotiques. Je tenterai à ce propos, de garder claire la distinction entre les modèles thérapeutiques, les théories psychologiques de transformation de la personne, et l'utilisation des techniques hypnotiques dans ces contextes particuliers. Outre la collecte d'expérience par la pratique, j'ai pour projet une large campagne d'enquête au près de praticiens, dans le but de collecter aussi bien les techniques qu'ils utilisent que celles qu'ils trouvent inutiles, ainsi que les narrations sur les quelles ils se basent partant de l'intuition que le regroupement de ce corpus de données devrait s'avérer riche d'enseignements, voire de surprises.

Ces trois axes ont pour moi l'intérêt de former un panel regroupant les effets de l'hypnose que je trouve les plus spectaculaires, utiles et intéressants, tout en offrant un large échantillon de personnes avec lesquelles interagir afin d'étudier, apprendre, et expérimenter.

La quatrième voie repose quant à elle sur une approche non plus d'exploration naturaliste mais d'expérimentation en laboratoire. C'est aussi le premier point à travers lequel ma collaboration avec le centre de recherche de l'Arche se formalise, puisque nous visons à mettre en place un banc de mesure permettant de suivre des paramètres physiologiques (température, électrocardiogramme, etc) dans un environnement contrôlé. Le nombre d'études qu'une telle installation rend possible est vaste et fera probablement l'objet de prochains articles. Pour l'instant, je tiens juste à rajouter qu'outre les avantages techniques qu'elle promet, cette collaboration apporte le contexte fertile que je trouve nécessaire pour mener une recherche de qualité.

Il y a le mythe du chercheur solitaire qui, contre vents et marées réussit à révolutionner la pensée. Et il y a une réalité que j'ai la chance de vivre, aussi bien dans ma recherche en cosmologie que dans celle sur l'hypnose, d'un groupe de passionnés oeuvrant dans un but commun, et qui, je pense, est le fondement non seulement d'une recherche forte, mais d'une recherche heureuse.



Références:

  •  Oxford Handbook of Hypnosis: Barnier AJ, Nash MR (eds) (2008) The Oxford Handbook of Hypnosis, 1st edn. Oxford University Press

lundi 24 juillet 2023

Premiers débuts
où il sera question de blogue, d'hypnose et de définitions diverses.

Une fois le choix du style remis à plus tard, les points techniques à propos du support sur lequel publier résolus, une fois passées outre les réserves et pudeurs me poussant à rester dans l'anonymat confortable de mon disque dur, il m'a fallu me résoudre à m'attaquer à la question de par où commencer sans tergiverser plus longuement.

Après un nombre de tentatives infructueuses que je garderai secret pour des questions évidentes d'amour propre, je me suis résolu à choisir comme point de départ la nature de ce que je suis entrain d'écrire.

Il n'est besoin que d'une dose minime de sagacité pour remarquer qu'il s'agit ici du premier article d'un blog. Selon Wikipedia, référence absolue et relative du savoir: "Un blog, ou blogue, est un type de site web ou une partie d'un site web utilisé pour la publication périodique et régulière d'articles personnels, généralement succincts, rendant compte d'une actualité autour d'une thématique particulière.".

La régularité étant aussi bien une carotte qu'un bâton, il me faut avouer que c'est une des raisons qui m'ont poussé à choisir ce format. Je vise à proposer un article tous les quinze jours, en faisant de mon mieux pour rester compréhensible et cependant plaisant à lire. J'ai de plus résolu l'angoissante question du nombre de mots nécessaires en lui passant sur le corps avec la citation :"Done is better than good." Ce qui est fait est mieux que ce qu'il serait bon d'avoir fait. J'en profite d'ailleurs pour remercier ici mon directeur de thèse et ami Eddie, qui m'en a fait cadeau: la pragmatique solidité de ce précepte m'a plus d'une fois sorti des sables mouvants de l'incertitude procrastinatoire.

Je désire de plus ajouter comme préambule, sinon comme avertissement, qu'attendu que la seule certitude que je puisse avoir à propos de ces articles c'est de les écrire, je compte bien en tirer autant de plaisir que possible.

Cela étant dit, passons maintenant au contenu, c'est à dire ce "compte rendu d'une actualité autour d'une thématique particulière" dont la définition précédente nous a suggéré l'existence. Ce dont j'ai choisi de parler est le cheminement de mes recherches et réflexions sur ce que j'appellerai, pour des raisons de concision à défaut de limpidité, l'hypnose.

Dans une tentative de préciser la définition de ce terme, j'ai eu la chance de profiter de nombreuses discussions, ai effectué un tour rapide de la littérature, et ai proposé un sondage limité dans une partie de mon entourage. J'en ai tiré la conclusion que chercher à résoudre la question de manière définitive ne ferait que rajouter à un nombre d'essais plus nombreux que fructueux. Ainsi, laissant à de plus fins polémistes l'ambition de clore le sujet, je me suis restreint à réfléchir à une définition qui puisse m'être utile.

Revisitant le fruit de mes premières recherches, il m'est apparu que le mot "hypnose" avait été compris par toutes les personnes que j'ai interrogées. N'est-il pas fascinant d'avoir à faire à un terme que tout le monde connaît, et pour lequel chacun est en peine de donner une définition qui emporte l'adhésion générale ?

En y regardant de plus près, il se trouve que c'est une situation relativement courante dans l'utilisation du langage, et dont la reconnaissance ouvre des perspectives d'étude intéressantes. Accepter que les mots décrivent des expériences différentes avec un dénominateur commun qui existe bien que son contour soit flou permet parmi d'autres utilités de proposer une réponse pragmatique au paradoxe qui se pose quand on cherche à définir "a priori" un sujet d'étude. Paradoxe du fait que s'il s'agit d'un sujet demandant étude, il ne devrait pas, de par définition, être connu "a priori".

Ainsi, sans se préoccuper pour l'instant du contenu exact de ce terme, reconnaître son existence permet de remarquer que le groupe le comprenant est localisé dans l'espace et dans le temps. Une des bornes qu'on peut lui donner serait un jour autour de la rencontre, pour ne pas dire collision, des expériences de Mesmer et avec les commissions de recherche royales qui ont démontré que le fluide magnétique qu'il invoquait n'était pas la bonne explication aux phénomènes qu'il produisait, ce qui se situe en France à la fin du XVIIIème siècle.

Je passerai ici la narration du mythe fondateur de l'hypnose, avec ses premiers héros, la lutte entre l'école de Paris et celle de Nancy, son moyen-âge où, tombée en désuétude après Freud et la psychanalyse elle voit sa renaissance aux États-Unis avec ses nouveaux paladins comme Erickson et Elman. Et je me risquerai encore moins à en pousser le récit jusqu'aux ramifications actuelles, en tout cas pour l'instant. Ce qui m'intéresse en revanche est de remarquer que ce que le mot hypnose désigne se circonscrit temporellement aux deux derniers siècles, et géographiquement à l'Europe et l'Amérique du Nord.

Ce contour à l'emporte pièce tranche brutalement aussi bien ce qui lie l'hypnose à ses racines historiques qu'aux autres traditions qui ont évolué en parallèle dans le monde. Ce sont là des directions de recherche fascinantes que nous aborderons en temps et en heure, mais que nous cautériserons pour l'instant.

En se restreignant à ce périmètre, pour brutalement qu'il ait été défini, il devient possible d'en identifier quelques diviseurs communs. Le premier qui ressort du petit sondage que j'ai mentionné plus haut est que l'hypnose produit un changement de l'état de conscience. Ce changement est souvent associé à des effets qui peuvent être spectaculaires. La plupart du temps ce terme implique aussi la présence de deux personnes, un qui hypnotise, l'autre qui est hypnotisé.

Et enfin, il me semble aussi intéressant de remarquer que le terme "hypnose" peut décrire aussi bien des états (ci-dessus dits "modifiés de conscience") que le procédé par lesquels ces états sont obtenus. Cette distinction a de l'importance, ne serait-ce que parce que la recherche actuelle semble se concentrer en particulier sur la question de ce que c'est que l'état d'hypnose, ainsi que des manières de le quantifier. Nous reviendrons plus en détail sur ce point dans le prochain article.

Après réflexion, j'ai finalement décidé de me tenir à une définition qui fasse ressortir que l'hypnose est à mon avis un terme qui regroupe des techniques dont le but est de produire un ensemble d'effets désirés dont je trouve utile de laisser le pourtour exact ouvert pour l'instant, ce que je formule ainsi:

"L'hypnose est un art et une science permettant d'amener des changements dans l'état de conscience à travers l'usage de suggestions."

J'ai utilisé le pronom cardinal "un" plutôt que le pronom défini "le" afin de bien garder à l'esprit que ce dont je discute ici est un ensemble de techniques, avec éventuellement un ensemble de théories explicatives ou démonstratives, qui couvre une réalité qui peut très bien avoir été nommée différemment en d'autres temps et d'autres lieux.

J'utilise ensuite "science" dans le sens de l'ensemble formé par une narration explicative, que je nomme théorie, et de l'utilisation de la méthode scientifique afin d'en assurer la cohérence ainsi que la capacité prédictive. Si je considère cette partie de la définition importante c'est parce qu'à la base de l'approche scientifique, il y a l'expérience, et que mon approche sera de fait avant tout expérimentale.

J'utilise ensuite le terme "art" pour décrire une approche basée sur la recherche d'un ensemble d'effets donnés plutôt que sur leur explication. Artisanat serait peut être plus adapté, mais je trouve alors que la formule sonne moins bien. Notez que je n'oppose pas art à science. C'est plutôt que là où la méthode scientifique cherche des explications, ce que j'appelle la méthode artistique vise à développer des recettes et un sens qui permet de trouver sa voie vers un but. Et de fait, je serais prêt à parier un carré de bon chocolat noir contre un cafard même pas confit qu'il n'y a pas un praticien de l'hypnose qui ne se laisse guider au moins en partie par des choix esthétiques. En fin de compte, le but de cette partie de la définition est de garder à l'esprit qu'il est aussi utile de s'autoriser à étudier à travers des narrations dont la capacité de prédiction peut être imparfaite, mais qui permettent de transmettre la réalité d'une expérience vécue subjective.

Vient ensuite dans la définition le terme "d'état de conscience". Sans rentrer dans plus de détails pour l'instant, il s'agit de nommer la perception qu'une personne a de soi même à un instant donné. C'est ce que la personne ressent et vit, sa réalité intérieure.

Laissons de côté la question de savoir ce qui constitue exactement cet état de conscience et gardons nous de nous aventurer à tenter de le séparer de ce qui est inconscient pour l'instant du moins. En revanche, remarquons que chacun est capable de dire quand il se sent normal, bien, mal, voire bizarre. Ainsi, à défaut d'avoir une carte détaillée des états de conscience, nous pouvons considérer que nous avons tous dans le paysage de nos expériences un contour, plus ou moins vague, de ce que l'on considère comme notre état normal, ainsi que des îlots représentant des états inhabituels, ou en tout cas différents de l'état normal.

Un des but de l'utilisation de la formulation "modifications de l'état de conscience" est de reconnaître qu'une expérience hypnotique est une réalité subjective. La question de l'existence de corrélats objectifs à ces modifications étant d'ailleurs une question qui fait couler beaucoup d'encre et de sueur dans le cercle de la recherche académique sur l'hypnose.

Pour terminer, il reste le terme de "suggestion", que je définis comme tout élément de communication, verbal ou non, qui transmette un sens appelant une action ou réaction.

L'intérêt que je vois à l'usage de ce terme ainsi défini est qu'il place l'hypnose dans un contexte de relation interpersonnelle, ce qui permet au moins dans un premier temps de préciser le champ d'investigation aux situations contenant deux parties communiquant entre elles. Quant à l'auto-hypnose, à laquelle, cher lecteur, vous avez pensé avec une vitesse proportionnelle à votre esprit de contradiction, elle sera décrite comme étant une approche de transformation de l'état de conscience par une personne jouant les deux rôles, ce qui la différencie, au moins dans un premier temps, des techniques de méditation. C'est en tout cas là mon point de départ, et nous verrons bien où il nous mène.

Il reste important de préciser que dans cette définition, j'entends que la réaction appelée par une suggestion comprenne tout le spectre des actions, incluant non seulement les actions physiques, mais aussi mentales. Ainsi "lève ton bras" est une suggestion, mais "imagine que ton bras se lève" aussi. Dans un futur plus ou moins proche nous reviendrons sur la question de ce que sont les suggestions, en tentant d'éviter l'écueil de la vérité absolue. Et nous prévoyons dors et déjà d'élargir la définition proposée afin de prendre en compte autant de techniques utilisées en hypnose que possible, comme par exemple la "rupture de pattern". Mais il faut bien commencer quelque part.

Ce premier article touche à sa fin, et je rappelle comme conclusion, après en avoir parcouru tous les termes, la définition de ce dont il sera question: "l'hypnose est un art et une science permettant d'amener des changements dans l'état de conscience à travers l'usage de suggestions".

Définition dont le but est de servir de point de départ et de port d'attache pour l'exploration de continents fascinants en une aventure à travers laquelle je vous propose de m'accompagner.