Une fois le choix du style remis à plus tard, les points techniques à propos du support sur lequel publier résolus, une fois passées outre les réserves et pudeurs me poussant à rester dans l'anonymat confortable de mon disque dur, il m'a fallu me résoudre à m'attaquer à la question de par où commencer sans tergiverser plus longuement.
Après un nombre de tentatives infructueuses que je garderai secret pour des questions évidentes d'amour propre, je me suis résolu à choisir comme point de départ la nature de ce que je suis entrain d'écrire.
Il n'est besoin que d'une dose minime de sagacité pour remarquer qu'il s'agit ici du premier article d'un blog. Selon Wikipedia, référence absolue et relative du savoir: "Un blog, ou blogue, est un type de site web ou une partie d'un site web utilisé pour la publication périodique et régulière d'articles personnels, généralement succincts, rendant compte d'une actualité autour d'une thématique particulière.".
La régularité étant aussi bien une carotte qu'un bâton, il me faut avouer que c'est une des raisons qui m'ont poussé à choisir ce format. Je vise à proposer un article tous les quinze jours, en faisant de mon mieux pour rester compréhensible et cependant plaisant à lire. J'ai de plus résolu l'angoissante question du nombre de mots nécessaires en lui passant sur le corps avec la citation :"Done is better than good." Ce qui est fait est mieux que ce qu'il serait bon d'avoir fait. J'en profite d'ailleurs pour remercier ici mon directeur de thèse et ami Eddie, qui m'en a fait cadeau: la pragmatique solidité de ce précepte m'a plus d'une fois sorti des sables mouvants de l'incertitude procrastinatoire.
Je désire de plus ajouter comme préambule, sinon comme avertissement, qu'attendu que la seule certitude que je puisse avoir à propos de ces articles c'est de les écrire, je compte bien en tirer autant de plaisir que possible.
Cela étant dit, passons maintenant au contenu, c'est à dire ce "compte rendu d'une actualité autour d'une thématique particulière" dont la définition précédente nous a suggéré l'existence. Ce dont j'ai choisi de parler est le cheminement de mes recherches et réflexions sur ce que j'appellerai, pour des raisons de concision à défaut de limpidité, l'hypnose.
Dans une tentative de préciser la définition de ce terme, j'ai eu la chance de profiter de nombreuses discussions, ai effectué un tour rapide de la littérature, et ai proposé un sondage limité dans une partie de mon entourage. J'en ai tiré la conclusion que chercher à résoudre la question de manière définitive ne ferait que rajouter à un nombre d'essais plus nombreux que fructueux. Ainsi, laissant à de plus fins polémistes l'ambition de clore le sujet, je me suis restreint à réfléchir à une définition qui puisse m'être utile.
Revisitant le fruit de mes premières recherches, il m'est apparu que le mot "hypnose" avait été compris par toutes les personnes que j'ai interrogées. N'est-il pas fascinant d'avoir à faire à un terme que tout le monde connaît, et pour lequel chacun est en peine de donner une définition qui emporte l'adhésion générale ?
En y regardant de plus près, il se trouve que c'est une situation relativement courante dans l'utilisation du langage, et dont la reconnaissance ouvre des perspectives d'étude intéressantes. Accepter que les mots décrivent des expériences différentes avec un dénominateur commun qui existe bien que son contour soit flou permet parmi d'autres utilités de proposer une réponse pragmatique au paradoxe qui se pose quand on cherche à définir "a priori" un sujet d'étude. Paradoxe du fait que s'il s'agit d'un sujet demandant étude, il ne devrait pas, de par définition, être connu "a priori".
Ainsi, sans se préoccuper pour l'instant du contenu exact de ce terme, reconnaître son existence permet de remarquer que le groupe le comprenant est localisé dans l'espace et dans le temps. Une des bornes qu'on peut lui donner serait un jour autour de la rencontre, pour ne pas dire collision, des expériences de Mesmer et avec les commissions de recherche royales qui ont démontré que le fluide magnétique qu'il invoquait n'était pas la bonne explication aux phénomènes qu'il produisait, ce qui se situe en France à la fin du XVIIIème siècle.
Je passerai ici la narration du mythe fondateur de l'hypnose, avec ses premiers héros, la lutte entre l'école de Paris et celle de Nancy, son moyen-âge où, tombée en désuétude après Freud et la psychanalyse elle voit sa renaissance aux États-Unis avec ses nouveaux paladins comme Erickson et Elman. Et je me risquerai encore moins à en pousser le récit jusqu'aux ramifications actuelles, en tout cas pour l'instant. Ce qui m'intéresse en revanche est de remarquer que ce que le mot hypnose désigne se circonscrit temporellement aux deux derniers siècles, et géographiquement à l'Europe et l'Amérique du Nord.
Ce contour à l'emporte pièce tranche brutalement aussi bien ce qui lie l'hypnose à ses racines historiques qu'aux autres traditions qui ont évolué en parallèle dans le monde. Ce sont là des directions de recherche fascinantes que nous aborderons en temps et en heure, mais que nous cautériserons pour l'instant.
En se restreignant à ce périmètre, pour brutalement qu'il ait été défini, il devient possible d'en identifier quelques diviseurs communs. Le premier qui ressort du petit sondage que j'ai mentionné plus haut est que l'hypnose produit un changement de l'état de conscience. Ce changement est souvent associé à des effets qui peuvent être spectaculaires. La plupart du temps ce terme implique aussi la présence de deux personnes, un qui hypnotise, l'autre qui est hypnotisé.
Et enfin, il me semble aussi intéressant de remarquer que le terme "hypnose" peut décrire aussi bien des états (ci-dessus dits "modifiés de conscience") que le procédé par lesquels ces états sont obtenus. Cette distinction a de l'importance, ne serait-ce que parce que la recherche actuelle semble se concentrer en particulier sur la question de ce que c'est que l'état d'hypnose, ainsi que des manières de le quantifier. Nous reviendrons plus en détail sur ce point dans le prochain article.
Après réflexion, j'ai finalement décidé de me tenir à une définition qui fasse ressortir que l'hypnose est à mon avis un terme qui regroupe des techniques dont le but est de produire un ensemble d'effets désirés dont je trouve utile de laisser le pourtour exact ouvert pour l'instant, ce que je formule ainsi:
"L'hypnose est un art et une science permettant d'amener des changements dans l'état de conscience à travers l'usage de suggestions."
J'ai utilisé le pronom cardinal "un" plutôt que le pronom défini "le" afin de bien garder à l'esprit que ce dont je discute ici est un ensemble de techniques, avec éventuellement un ensemble de théories explicatives ou démonstratives, qui couvre une réalité qui peut très bien avoir été nommée différemment en d'autres temps et d'autres lieux.
J'utilise ensuite "science" dans le sens de l'ensemble formé par une narration explicative, que je nomme théorie, et de l'utilisation de la méthode scientifique afin d'en assurer la cohérence ainsi que la capacité prédictive. Si je considère cette partie de la définition importante c'est parce qu'à la base de l'approche scientifique, il y a l'expérience, et que mon approche sera de fait avant tout expérimentale.
J'utilise ensuite le terme "art" pour décrire une approche basée sur la recherche d'un ensemble d'effets donnés plutôt que sur leur explication. Artisanat serait peut être plus adapté, mais je trouve alors que la formule sonne moins bien. Notez que je n'oppose pas art à science. C'est plutôt que là où la méthode scientifique cherche des explications, ce que j'appelle la méthode artistique vise à développer des recettes et un sens qui permet de trouver sa voie vers un but. Et de fait, je serais prêt à parier un carré de bon chocolat noir contre un cafard même pas confit qu'il n'y a pas un praticien de l'hypnose qui ne se laisse guider au moins en partie par des choix esthétiques. En fin de compte, le but de cette partie de la définition est de garder à l'esprit qu'il est aussi utile de s'autoriser à étudier à travers des narrations dont la capacité de prédiction peut être imparfaite, mais qui permettent de transmettre la réalité d'une expérience vécue subjective.
Vient ensuite dans la définition le terme "d'état de conscience". Sans rentrer dans plus de détails pour l'instant, il s'agit de nommer la perception qu'une personne a de soi même à un instant donné. C'est ce que la personne ressent et vit, sa réalité intérieure.
Laissons de côté la question de savoir ce qui constitue exactement cet état de conscience et gardons nous de nous aventurer à tenter de le séparer de ce qui est inconscient pour l'instant du moins. En revanche, remarquons que chacun est capable de dire quand il se sent normal, bien, mal, voire bizarre. Ainsi, à défaut d'avoir une carte détaillée des états de conscience, nous pouvons considérer que nous avons tous dans le paysage de nos expériences un contour, plus ou moins vague, de ce que l'on considère comme notre état normal, ainsi que des îlots représentant des états inhabituels, ou en tout cas différents de l'état normal.
Un des but de l'utilisation de la formulation "modifications de l'état de conscience" est de reconnaître qu'une expérience hypnotique est une réalité subjective. La question de l'existence de corrélats objectifs à ces modifications étant d'ailleurs une question qui fait couler beaucoup d'encre et de sueur dans le cercle de la recherche académique sur l'hypnose.
Pour terminer, il reste le terme de "suggestion", que je définis comme tout élément de communication, verbal ou non, qui transmette un sens appelant une action ou réaction.
L'intérêt que je vois à l'usage de ce terme ainsi défini est qu'il place l'hypnose dans un contexte de relation interpersonnelle, ce qui permet au moins dans un premier temps de préciser le champ d'investigation aux situations contenant deux parties communiquant entre elles. Quant à l'auto-hypnose, à laquelle, cher lecteur, vous avez pensé avec une vitesse proportionnelle à votre esprit de contradiction, elle sera décrite comme étant une approche de transformation de l'état de conscience par une personne jouant les deux rôles, ce qui la différencie, au moins dans un premier temps, des techniques de méditation. C'est en tout cas là mon point de départ, et nous verrons bien où il nous mène.
Il reste important de préciser que dans cette définition, j'entends que la réaction appelée par une suggestion comprenne tout le spectre des actions, incluant non seulement les actions physiques, mais aussi mentales. Ainsi "lève ton bras" est une suggestion, mais "imagine que ton bras se lève" aussi. Dans un futur plus ou moins proche nous reviendrons sur la question de ce que sont les suggestions, en tentant d'éviter l'écueil de la vérité absolue. Et nous prévoyons dors et déjà d'élargir la définition proposée afin de prendre en compte autant de techniques utilisées en hypnose que possible, comme par exemple la "rupture de pattern". Mais il faut bien commencer quelque part.
Ce premier article touche à sa fin, et je rappelle comme conclusion, après en avoir parcouru tous les termes, la définition de ce dont il sera question: "l'hypnose est un art et une science permettant d'amener des changements dans l'état de conscience à travers l'usage de suggestions".
Définition dont le but est de servir de point de départ et de port d'attache pour l'exploration de continents fascinants en une aventure à travers laquelle je vous propose de m'accompagner.
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